Pistes de réflexion (2/2)
Quand on est passé par ce mode de formation, que l’on est un peu sensible aux problématiques de
l’éducation et que l’on s’inquiète un peu de l’avenir de notre société, on ne peut que s’interroger à la lecture de ce petit essai… En est-on vraiment arrivé là ? et où
va-t-on ?
Pour enrichir cette note, j’ai échangé avec Choupynette, diplômée de Sciences Po.
Il est impossible de renier la qualité de la
formation que nous avons reçue et encore moins son prestige ; un diplôme de Grande Ecole ouvre bien des portes ! Et tout ce qui suit ne vise pas à cracher dans la soupe… Si
Choupynette ne regrette pas le choix qu’elle a fait, je ne dirais pas que si je devais à nouveau choisir cette voie, je le ferais, mais je n’en suis tout de même pas complètement
mécontente ! Selon Choupynette, le défaut principal de sa formation est d’être détachée du monde réel, peu
professionnalisante, elle a du compléter sa formation par un Master afin de pouvoir trouver du travail. C’est justement ce que les écoles de
commerce vantent comme étant leur principale qualité et là je m’élève car, honnêtement de l’expérience professionnelle que j’ai eu jusqu’à
aujourd’hui, je retire ceci :
Ce n’est pas à cela que m’a préparé mon
école… Le diplôme n’était qu’un passe-droit. Le seul cours vraiment utile mais malheureusement insuffisant : la bureautique. - Essayez d’appliquer en entreprise
les principes de conduite de réunion, de communication interne ou encore d’organisation des process, vous ne serez pas déçus du voyage, et je ne parle même pas des théories financières de douze
pages qu’une formule EXCEL remplace avantageusement. - C’est sûrement un peu obscur, mais ce que j’essaie de formuler est que non, une école de commerce ne vous prépare pas à
travailler en entreprise et ne vous aide pas non plus à choisir un métier dans lequel vous serez épanouis ! Ce n’est pas un école de commerce qui vous aidera à former votre esprit
et à distinguer ce qui est important pour vous et pour le monde autour de vous ! J’étais, jusqu’à il y a encore quelque mois, sidérée du manque de culture générale de mes collaborateurs
(principalement issus du même cursus que moi) sur le monde du travail… certains ne savaient même pas ce qu’étaient le Comité d’Hygiène et de Sécurité. Il en va de même pour la politique, la
littérature ou tout autre sujet ! Facile de traiter l’autre de « gauchiste », d’ « intello » ou de « ringard » mais de là à expliquer ses
opinions…
Pour ma part, c’est en Prépa que j’ai vraiment
appris le savoir, le savoir-faire et le faire savoir et aussi bien sûr à titre personnel dans mes lectures, discussions, films…. Peut-être simplement parce que très vite j’ai eu le
sentiment que je n’étais pas faite pour la gestion (Finance, Comptabilité, Marketing, Droit Commercial), dès les premiers mois en école, je me suis fermée comme une huître et suis entrée dans une
sorte d’hibernation pour trois ans. Mais en Prépa, les cours d’Histoire-Géographie économique, de Culture Générale (Lettres et Philosophie) , de Langues, mais aussi de Mathématiques avancées ont
trouvé une grande résonnance en moi… Choupynette quant à elle est très satisfaite de son enseignement : « Sciences Po m’a donné une lecture du
monde, de l’économie, de l’histoire, etc, qui me permet de bien mieux comprendre l’actualité, de décrypter par exemple les discours des politiques et des entreprises.
[…]D’autre part, sur un plan beaucoup plus technique, Sciences Po m’a appris à être structurée, appliquée, à savoir utiliser des connaissances de différents domaines et de ne pas me
contenter de rester cloisonnée dans un domaine quand je réfléchis à un sujet. » ou encore « avoir de la culture, c’est essentiel parce que
pris au sens large, la culture te permet de penser, d’avoir une réflexion détachée, distanciée et surtout plus objective. » Et c’est exactement ce que je retiens de ma prépa. Si je devais
faire la somme de mes connaissances aujourd’hui, 70% encore daterait de cette période, même si ce ne sont que des bribes, des souvenirs, ils sont présents et accompagnent ma « lecture du
monde ». De l’école, en revanche en terme de connaissance théoriques, je n’ai que très peu de souvenirs d’un cours de microéconomie et de finance…
En revanche, si votre motivation est le prestige et l’argent
alors oui, on vous offrira sur un plateau la possibilité d’abandonner vos valeurs sur la palier et de faire une « belle carrière » sans scrupules, guidée par la soif du
pouvoir et de l’argent. Car l’école ne vous apprend pas les scrupules ni l’éthique, si vous ne les avez pas en vous, vous ne lez aurez jamais et il sera même très facile de les
oublier. Et c’est là que se pose le problème majeur, comme le pense également Choupynette « je crois qu’il y a globalement un glissement dans la société
depuis plusieurs années vers une consommation toujours plus exacerbée, une valorisation de l’individu via son compte en banque qui peut pousser à vouloir gagner toujours plus, peut importe la
manière et les conséquences. ». Les jeunes diplômés ont de plus en plus de mal à discerner les conséquences d’une quête irraisonnée de carrière. Ils sont convaincus que ce
qui fait la valeur d’un individu est le nombre de K€ de son salaire annuel. Quelques voix tentent de rappeler que non, ce n’est pas normal de tout sacrifier au travail, qu’il y a autre chose,
qu’il est important de se préserver, mais ces voix sont souvent écrasées par la majorité silencieuse et soumise au diktat du jeune cadre dynamique dont les dents défilent la moquette des
Open Space.
Mais alors,
comment faire ? Quelles voies diplomantes permettraient d’allier les qualités des Grandes Ecoles et le développement d’un esprit
critique ? Ce n’est pas bien sûr ici et maintenant qu’une solution sera trouvée, mais elle doit être pensée, car le monde de demain ne pourra supporter davantage l’inconséquence de ses dirigeants. On ne peut accepter que les personnes qui décident pour des milliers d’autres soient vendues intégralement aux
valeurs boursières. Pour cela, il est indispensable que ses individus avant d’être dirigeants soient des citoyens à part entière. Certes, on ne peut demander à un jeune qui choisit entre
18 et 20 ans sa voie professionnelle de faire une sorte de serment d’Hippocrate du cadre dirigeant, mais l’accompagner dans son passage à l’âge adulte, lui donner les moyens de la
réflexion et de la responsabilité de ses actes : ce sont là les clés d’un management plus humain ! Cela ne consiste pas en la programmation de quelques cours-alibis de culture
générale ou d’éthique du travail, mais dans une implication bien plus avant de l’équipe pédagogique dans la vie culturelle et politique autour de l’école ! Les professeurs
ne doivent pas seulement être des experts de finance boursière mais aussi capable d’expliciter aux étudiants la place centrale dans l’économie des flux financiers, et les conséquences (y compris
négatives) de cette prépondérance ! il faut arrêter les discours d’accueil du type de celui qu’a entendu Choupynette : « Premier
discours du directeur : « vous êtes la future élite de la nation », le moment est venu de responsabiliser. Faire partie d'une l’élite c’est avoir la chance d’être
parmi les meilleurs mais également conduire les autres à progresser !