Lundi 17 mars 2008
  Fêtons la Saint-Patrick !
 
Cette note n’est pas une note comme les autres. Elle va vous révéler un secret. Non pas ce que lisait St Patrick, car je suis bien trop piètre sachante en saints pour vous le dire. Mais plutôt tout l’amour que la bande de LCA dérangées que nous sommes porte à l’Irlande. Je m’avance un peu, oui. Parce que je doute qu’aucune d’entre nous (sauf choix malheureux) aura réussi à rester insensible au charme de cette île si particulière.


 

L’Irlande est avant tout un territoire. Une terre sauvage dans l’Océan Atlantique, trop proche de l’Angleterre pour avoir réussi à s’en affranchir, et trop lointaine pour en avoir jamais accepté le joug. Ses plaines et son vent légendaires ont servi de toile de fond à nombres de films romantiques et il est difficile d’entendre un morceau des Coors sans imaginer ses verdoyantes collines à perte de vue. Ses mignons petits villages « authentiques » servent également cette image de nation bucolique. Comme le dit l’un des héros d’Eureka Street, les haies, les pelles et la campagne sont des thèmes faciles à exploiter lorsque l’on veut emporter le cœur d’une irlandaise par un poème. Hélas, les poèmes ne furent pas les seuls  à emporter le cœur des irlandais. Et si la nation est depuis 1800 unie avec la Grande-Bretagne, la lutte pour la liberté et le droit à l’autodétermination du peuple catholique d’Irlande n’a jamais vraiment cessé.

 

Ce contexte de revendication permanente et de guerre civile est sûrement le fertile foyer qui donna naissance à la grande créativité du peuple irlandais. Au carrefour de l’humour anglais et de la force dramatique catholique, l’art irlandais s’exprime intensément.

 


 

L’œuvre principale que j’ai pu apprécier pour fêter cette Saint Patrick est le grand roman de MC LIAM WILSON : Eureka Street. Il s’agit d’une rue de Belfast, Irlande du Sud. Une rue d’un quartier protestant misérable. Car les choses ne sont pas simples : les catholiques peuvent être riches et les protestants pauvres, sinon, ce ne serait pas drôle. Cette rue a vu grandir Chuckie, une sorte de gros bonhomme rigolo dont la réussite absurde fait la surprise de tous ses amis, eux-mêmes catholiques. Catholique, protestant, aujourd’hui quelle importance me direz-vous... ? A peu près la même que juif ou musulman… Pour le sang qui coule dans les veines et le désespoir de voir un des siens éclater en morceaux sous les bombes aucune. Pour le reste, c’est à voir:
"A quoi ressemble donc une bombe? Eh bien voilà... elle explose, bien sûr. ca fait du bruit. Et ça fait peur. Leur détonnation et leur terreur vous frappent en plein ventre [...] Elles étaient aussi - très important ça - le savoir. Quand vous entendiez cette décharge sèche, la détonnation animale de la bombe, lointaine et proche, vous compreniez quelque chose. Vous saviez que quelqu'un quelque part passait un très sale moment. "

 

Dans cette farandole d’environ 500 pages, l’auteur nous promène dans sa ville. Une ville qu’il aime profondément et dont la violence semble l’affecter au plus haut point. Une ville qui est aussi le paradigme de toutes les villes du monde le modèle d’une mini-société. Une ville où les gens s’aiment, et où les gens se détestent.

 "Seulement tard dans la nuit et d'un point de vue élevé, vous contemplez la ville comme une chose unique, un phénomène unifié. Quant tous dorment, quand le chaos diurne trouve son unité et, au moins géographiquement, la ville apparaît comme une entité globale"

Ce livre m'a semblé être la "déclaration de guerre" de l'auteur contre le terrorisme, de droite ou de gauche, du milieu ou du dehors:
"L'histoire de Robert cessa d'intéresser quiconque. Il perdit son emploi. Il perdit ses amis. Il se mit à boire - pour se rappeler, pas pour oublier - et il se mit à pleuvoir dans son coeur pour le restant des ses jours"

 

 Ce même auteur a écrit à très juste titre (merci FLOPY) dans Les dépossédés:

"Certaines stratégies économiques récentes ont haussé le niveau de vie de quelques classes sociales britanniques tout en rendant de plus en plus difficile l'existence des communautés les moins prospères de cette société. Pour ceux qui ont profité de ces avantages, l'augmentation de la pauvreté semblera un effet secondaire malheureux, inévitable, incurable. Nous acceptons apparemment les yeux fermés le caractère inévitable de la pauvreté.

    Nous sommes apparemment capables d'accepter qu'une certaine fraction ou un certain pourcentage de notre société vive dans la pauvreté. Il est difficile de déterminer avec exactitude quelle fraction est supportable pour la majorité - un cinquième, un quart, peut-être même un tiers ? L'acceptation d'une classe pauvre permanente et inassimilable est considérée comme une preuve de sagesse - un point de vue rationnel plutôt que déprimant. Mais ça ne suffit tout bonnement pas.

    Nous devons tous assumer la responsabilité morale de la pauvreté dans notre société. Cette responsabilité morale nous incombe. A maints égards, la responsabilité empirique nous incombe. De plusieurs manières compliquées et vaguement louches, notre prospérité dépend de leur dépossession. Nous leur sommes redevables. Et nous devons laisser cette conviction nous gâcher la soirée."

 
Un auteur à retenir donc pour la justesse de son regard sur le monde et la société, et pour son humour caustique.


Quelques films indispensables selon moi, pour amorcer une connaisance de l'Irlande, territoire et culture:
Au nom du père de Jim SHERIDAN
Le vent se lève de Ken LOACH
The van de S FREARS

Et surtout, n'hésitez pas à lever votre verre en l'honneur des victimes du passé et des épargnés du futur (sans oublier les très beaux mâles irlandais)!

 


 
 
Par La Nymphette - Publié dans : + de flaneries - Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires
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