« J’aime à penser que [ma mère] se redressait légèrement, que quelques forces venaient affluer dans ses doigts et que le seul enfant qui lui restait lui apportait un peu de fierté.
Quand ma mère est décédée, ses affaires tenaient en trois valises, dont une était entièrement dédiée à moi et à son petit-fils. Elle, qui sans mon père ne m’aurait jamais inscrit à l’école, y avait préservé mes premiers cahiers d’école ainsi que ceux de mon garçon, des copies de nos diplômes, nos vieux sacs d’école et je crois que, comme d’autres aiment montrer des photos de famille, de maisons, de voitures, ma mère aimait ouvrir cette valise-là devant ses invités. Je me souviens qu’elle feuilletait parfois mes cahiers avec une admiration non dissimulée, en tournant les pages comme s’il s’était agi d’un testament précieux, et quand je réussissais mes examens, elle prenait mes mains dans les siennes et les larmes lui montaient aux yeux. Avec mon fils aussi elle a été attentive, rangeant son bureau, classant pas épaisseur et taille ses livres et ses cahiers, taillant à la perfection ses crayons et tous les soirs, mon pauvre garçon avait droit à un breuvage laiteux censé, comme ma mère le disait elle-même, « nourrir la tête » »
Le dernier frère, N APPANAH
"Il y a des idées qui sont comme un attentat."
Milan KUNDERA in L’insoutenable légèreté de l’être