Mardi 16 juin 2009

Daniel PENNAC a été un cancre. Cette phrase, vous avez du la lire des centaines de fois, à propos de lui ou d’autres. Souvent à propos d’individus que l’on dit brillants ou atypiques. A l’inverse des Etats-Unis où il est vanté d’être brillant et de renoncer à la réussite social (Into the wild, Will Hunting…), en France, il est de bon ton d’être mauvais à l’école et de se révéler artiste ou lettré secret. On reconnait là les gothiques de fond de classe qui lisent du Mallarmé ou du Lautréamont. On se rappelle le gamin nul en tout sauf en dissertation de philosophie. Le cancre est aussi souvent le plus socialement adapté. Le cancre est cool, rigolo, doué avec les filles. D’ailleurs, c’est plutôt un gars. Car les filles sont sérieuses, même d’intelligence moyenne, elles s’en sortent à peu près…



A travers son histoire, ses anecdotes d’élèves puis de professeur, D PENNAC nous raconte l’histoire de tous les cancres. Il y en a eu des romans racontant l’histoire de cancres. Et de bons élèves copains de cancres. Plutôt la version rigolote, ou amoureux des lettres. Mais rarement, on aura vu révélée la grande souffrance du cancre. Le cancre est celui qui ne comprend pas. Il ne comprend pas ce qu’il doit apprendre, il ne comprend pas ce que l’on attend de lui, ni même ce à quoi cela va le mener. Cela semble anodin, même adulte, comprend-on toujours ce que l’on fait, et ce que l’on doit faire ? Certes, mais enfant, n’aviez-vous pas cette petite voix, les parents, souvent, la conscience ou la curiosité qui vous disait : « c’est là quelque chose de bon pour toi »? Les cancres ne l’ont pas. Et même dire, plus on s’acharne à leur démontrer qu’ils doivent comprendre et apprendre plus ils s’entêtent, l’immensité du monde à l’infini de leur incompréhension. Alors il se venge le cancre, poussé dans ses retranchements, il s’exprime comme il le peut et impose au monde la violence qu’il ressent à ne pas l’appréhender. Il n’est pas armé pour la diplomatie et les mots, il ne comprend que le rapport de forces. Il ne comprend que ce regard porté vers lui lorsqu’il a commis une faute : enfin un regard qui le rend actif, capable d’agir. Il finit par faire mal « pour se faire remarquer ».

Malheureusement, les clés vers le changement ne sont pas faciles à mettre en œuvre. Comme souvent, une pente savonneuse est difficile à remonter. C’est bien de cela qu’il s’agit, une pente douce au départ : quelques exercices mal compris, quelques leçons ratées, et c’est le gouffre qui engloutit la tête blonde. Les parents, pourtant dotés des meilleures intentions, ne sont pas toujours les meilleurs guides, obnubilés qu’ils sont de la réussite de leur chair, parfois avant la leur ! Rendez-vous compte : « des enfants qui ne deviendraient pas » professeurs, dentistes, secrétaires… Des enfants pour l’avenir desquels la seule assurance est la galère, pire encore comme perspective pour les parents qui l’ont connu : « Vous comprenez, on veut qu’il ait des études, une belle vie, pas comme nous… »

Alors l’enfant s’effraie. Il ne doit pas devenir comme ses parents, ne peut devenir comme son professeur. Mais alors, qui sera-t-il ? Et après l’angoisse, vient la lassitude, et l’ennui, le pire des bourbiers. Un enfant ennuyé est un enfant perdu, il faudra le regagner, accéder à sa conscience ouvrir la fenêtre de son cerveau et de son cœur pour y ancrer la moindre connaissance, le plus infime souvenir. Ils sont là, bloqués à aujourd’hui, cette heure précise, dans l’attente que cela passe, qu’un autre moment arrive, sans détermination de ce qu’il sera. Et c’est là que l’adulte intervient. Bien sûr, D PENNAC insiste sur le rôle du professeur : à lui de faire revenir la petite personne sur terre, dans le cours. Pour cela, il emploie ce qu’il appelle « le présent d’incarnation ». Tout faire dans l’ici et le maintenant, connecter l’élève et ce qu’il est aujourd’hui et non ce qu’il ne sera pas demain. Tout sauf cette dictature du futur. D PENNAC parle aussi de la pensée magique : ces formules toutes faites qui nous enferment dans une réalité. C’est contre cela avant tout que le présent permet de lutter : pas besoin de marques pour exister, pas besoin d’être beau, le jugement des autres ne compte pas... A ce moment précis, seule ma présence ici, ma participation à ce micro monument importe !

En quelques pages, la toute fin de récit-document nous dévoile une partie de la solution, une solution déjà évoquée, sous d’autres formes lors de nos débats, sur l’École ou le monde en général, sur ces problèmes qui parasitent notre société. Cela peut sembler mièvre, mais juste en essayent on s’aperçoit que si c’est mièvre, ce n’est pas grave, parce que c’est bon. Alors oui, D PENNAC nous dit que pour lui la solution est d’aimer ses élèves. Attention, pas de contre-sens, pas de contre vérités, les aimer et être généreux avec eux. Être capable de donner sans retour en étant bien conscient que oui, quand on aime on donne et parfois on ne reçoit rien. Plutôt que de faire de l’enfant une projection de soi ou pire un support publicitaire et mercantile, il nous amène à lui ouvrir les mains et le cœur...

« Le droits de l’enfant, c’est d’être un homme ; ce qui fait l’homme, c’est la lumière ; ce qui fait la lumière c’est l’instruction » Victor HUGO, Les choses vues.

Daniel PENNAC, Chagrin d’école.
Folio

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Par La Nymphette - Publié dans : + de livres - Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
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