M GUENASSIA est primo-romancier. Il a apparemment bien fait d’attendre, il vient en effet d’être gratifié du Goncourt des Lycéens 2009.
Difficile d’écrire sur la subtile sensation de plaisir ressentie à la lecture de ce roman. Comment expliquer qu’en ouvrant ce roman on prend place auprès de Pierre dans une chambre de l’appartement du cinquième arrondissement tout contre Néron, le chat, et qu’on l’écoute, minute après minute nous raconter son histoire, celle de sa famille et de ses amis ? Il n’y a parfois pas de mots pour expliciter ce qui a plu. Ce ne sont qu’impressions et émotions.

Aux côtés de Pierre, j’ai avancé au long de ces sept cent et quelques pages. En 1961, Pierre est un adolescent comme les autres, version romantique, il aime la lecture (comme le relève Amanda dans cet extrait ) , la musique et apprend la vie : ce qu’est être un fils, un frère et un ami. Il intègre par hasard un club de joueurs d’échecs aux origines aussi diverses
qu’inattendues : au fond d’un bistrot, des rescapés des dictatures d’Europe se regroupent pour jouer mais surtout pour discuter politique, éducation, femmes ou cuisine ! Chacun arrive à
Paris avec sa valise, ayant fui son pays par amour, par fierté ou par crainte, il déballe souvenirs et anecdotes croustillantes sur le régime communiste. Pierre apprend aussi à connaître les
femmes : Cécile puis Camille, deux jeunes femmes au caractère bien trempé préfigurant les courants féministes à venir. Enfin, Pierre découvre qu’une famille n’est jamais tout à fait ce que
l’on avait imaginé et qu’un univers peut très facilement se briser .
Une autre grande force de ce roman est de dessiner avec une précision hors pair le Paris des années soixante. Du Jardin du Luxembourg au Quai des Grands Augustins, Pierre progresse dans sa ville
comme dans sa vie : s’appropriant certains lieux mais aussi parfois surpris des trésors qu’elle recèle encore. J’ai aimé cette vision de Paris que jamais on ne connaît complètement dont les
recoins, les jardins et les caves préservent e nombreux secrets. Plus jamais on ne regardera de la même manière la Fontaine de
Médicis, comme dans le château de Marcel, qui éternellement verra une jeune femme serrer contre son
cœur un bouquet de roses rouges (*), ici, Camille restera pour toujours assise sur un vieux banc avec une édition rare d’une œuvre d’Aragon entre les mains…
De nombreux avis:
Avis d’un lycéen du Lycée Paul Sérusier à Carhaix
(29)
Biblioblog
La culture se partage
Caroline, de 5° de couv'
Livres-échange
(*) Le chateau de ma mère, de Marcel PAGNOL
"Il y a des idées qui sont comme un attentat."
Milan KUNDERA in L’insoutenable légèreté de l’être