Voilà un long moment que Cachou m'a transmis sa réponse à
notre questionnaire, et j'ai été bien vilaine de pas l'éditer immédiatement. En lisant ses réponses, je retrouve beaucoup de ce que je ressens moi-même et qui motive mon actuel souhait
de reconversion professionnelle: Non, ni le monde, ni l'école, ni les hommes, ni la culture ne sont des
produits de consommation!... Alors je vous laisse découvrir les mots de Cachou, plein de tendresse et d'humanité!
A quel âge as-tu décidé d’être professeur ?
Question amusante pour moi parce que ce métier est une vocation tardive. J’ai en fait décidé d’être professeur l’année
scolaire dernière, à 25 ans. J’avais toujours juré mes grands dieux que je ne serais jamais prof, pour ne pas vivre ce que ma mère a vécu (manque de considération, beaucoup –trop- de
boulot, remarques acerbes sur les vacances, etc.) et, pour finir, une mise au point professionnelle l’année dernière m’a fait comprendre que mon travail de l’époque ne me convenait non seulement
pas, mais que ma carrière ne me correspondait plus. J’ai dès lors pris des cours du soir et j’ai trouvé un boulot dans l’enseignement cette année scolaire-ci.
Quel autre métier aurais-tu rêvé de faire ?
Des tonnes, ça a toujours été mon problème. J’aurais voulu être libraire, bibliothécaire, éditeur, critique de cinéma,
producteur de films, météorologue, astrophysicienne, astronaute et je m’arrête là. Mais avant tout, je rêve d’être écrivain un jour (un peu comme chaque lecteur ^_^)
Quelle matière aurais-tu détesté enseigner ? Pourquoi ?
Réponse évidente pour moi : l’éducation physique (je ne suis très sportive).
Comment choisis-tu un roman à faire lire / étudier ? Conseilles-tu des lectures « hors cadre », pour
les vacances par exemple ?
Tout comme J.K. Rowling a dit que pour écrire de bons livres pour enfants, il faut bien se rappeler de ce que l’on
ressentait étant enfant, je pense que pour choisir les romans à faire lire, il faut s’imaginer la manière dont on les aurait reçus en tant qu’adolescent. J’essaie donc de choisir des livres
susceptibles d’interpeler mes étudiants, tout en considérant aussi la partie « plaisir de lecture », parce que je veux avant tout leur montrer qu’ils peuvent lire pour autre chose que
par obligation. Je m’adapte aussi aux sujets qui les intéressent et aux dernières lectures effectuées que j’ai trouvées intéressantes. Le livre qui a eu le plus de succès cette année auprès de
mes élèves est « Ce Cher Dexter », qui était dans la sélection sur le thème du plaidoyer (les élèves devaient écrire un plaidoyer pour défendre le personnage principal du livre
lu). Pas forcément de la grande littérature, mais je voulais leur offrir un sujet plus « détente » et ça a bien marché.
Je conseille aussi des livres en fonction de mes lectures du moment ou des sujets abordés par les élèves.
Quel est le roman as-tu eu le plus de mal à faire passer auprès de tes élèves ? (lecture et/ou
explication)
Les romans réalistes et naturalistes. Bon, autant le dire tout de suite, c’est peut-être dû au fait que je ne suis pas
moi-même très cliente du réalisme, cela a donc dû se ressentir lors de mes cours. Mais dès le commencement de la séquence consacrée au réalisme, j’ai senti que mes élèves étaient réticents, je me
suis même fait l’avocat du diable alors que j’aurais moi-même condamné ces livres…
Au niveau de la langue, est-ce que tu ressens vraiment les lacunes de tes élèves ou ce qui en est conté dans les
médias est exagéré ? Pour toi, quelle en est la raison principale ?
J’ai de la chance d’être dans une école de bon niveau, je n’ai pas trop ressenti ce genre de choses. Les lacunes que
j’ai pu constater se situaient surtout au niveau de l’orthographe, et n’en déplaise aux bien-pensants, celles-ci ne sont pas une conséquence de l’utilisation d’une forme de langage
« smsien » ou « msnien » mais bien de réformes scolaires ne permettant plus d’insister sur cette partie spécifique du cours de français. On ne peut plus consacrer beaucoup de
temps à l’orthographe, il ne faut donc pas s’étonner que celle-ci se dégrade chez les élèves.
Que conseillerais-tu à un parent dont l’enfant éprouve de telles difficultés ? As-tu le sentiment qu’il arrive
un moment où tout est perdu ?
Rien n’est jamais perdu. Avec du travail, on arrive à rattraper beaucoup de choses. Certains ont juste besoin d’y
consacrer plus de temps que d’autres et c’est là que le soutien des parents joue un rôle plus que primordial. Je conseillerais donc à un parent dont l’enfant éprouve des difficultés d’essayer de
se mettre à la place de l’enfant. De réaliser que ce n’est peut-être pas dû au fait que celui est paresseux ou bête, que la source du problème peut être autre. Et surtout de ne pas baisser les
bras si les résultats ne sont pas immédiats. Si on pouvait résoudre ce genre de problèmes rapidement et facilement, ça se saurait, non ?
Quel type de projets engages-tu avec tes élèves qui les enthousiasme vraiment ?
Cette année, deux projets leur ont réellement plu : mettre en scène (en privé, juste devant leur classe) un
passage d’une pièce étudiée et recevoir en classe un auteur. De manière générale, j’ai l’impression que tout ce qui permet d’inscrire le cours de français en dehors du concept « un prof, des
élèves, un cours et une matière à suivre » les intéresse.
Plus généralement, que penses-tu de la vision de l’école par le public, j’imagine que cela te rend
triste… ?
Oui, mais en même temps, j’ai constaté (notamment chez mon ancien patron) que les plus véhéments à véhiculer une image
négative de l’école sont ceux qui la considèrent un peu comme un produit de consommation. Il faut que l’école réponde à leur(s) exigence(s). Il faut que le directeur et les professeurs aillent
dans leur sens et les traitent comme des clients (et tout le monde connaît la politique du client-roi, n’est-ce pas…). Il faut obtenir le meilleur produit au prix le moins cher (donc faire de
leurs enfants des génies sans pour autant que ceux-ci n’aient à fournir trop d’effort). Dès que l’on s’enferme dans cette manière de concevoir l’école, on ne peut qu’en tirer une image négative,
parce que l’éducation n’est pas et ne pourra jamais être un simple produit de consommation.
Si tu devais faire un souhait pour l’école, quelque chose de fou qui pour toi permettrait de régler beaucoup de
problèmes, quel serait-il ?
Avoir un système permettant de nous adapter aux différents modes d’apprentissages de nos étudiants, des classes plus
petites et des programmes plus souples, afin de pouvoir réussir à intéresser les élèves sans cette continuelle peur de « ne pas réussir à suivre le programme ».
Le succès de Entre les murs est-il pour toi un encouragement
pour le système éducatif ou une « publicité pour cancres » comme on a pu lire dans certaines critiques ?
Ni l’un, ni l’autre. C’est un film qui a montré la réalité d’une école, qui n’est pas celle de tous les établissements
scolaires. Il a permis aux spectateurs de faire amende honorable en s’intéressant pendant deux heures aux sort des écoles « à problèmes » avant de les laisser retourner à leur quotidien
et tout oublier. Mais en même temps, il a réussi à soulever quelques problématiques, même si les actions n’ont pas semblé suivre…
Que souhaiterais-tu faire passer comme message sur ton métier, l’école, tes élèves ?
Pour donner cours, il faut être passionné et habité par une énergie immense. J’aimerais que tout le monde en prenne
conscience. Qu’on arrête de désigner les professeurs comme des paresseux (la blague que j’entends continuellement depuis mon changement de profession), qu’on arrête de penser qu’ils ont la
solution à tous les problèmes (autrement, ils deviendraient d’office dirigeants du pays…). Ce métier est incroyable, il est gratifiant mais éreintant, passionnant mais démoralisant, il est très
ambivalent.
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